Des Hommes sans loi et sans remords

Qui avait vu The Proposition, de John Hillcoat, sur un scénario de Nick Cave, comprend facilement ce qui a pu intéresser le tandem dans l’histoire des frères Bondurant. Des hommes sans loi quitte l’Australie pour s’installer en Virginie et prend pour décor le cadre mythique de la prohibition ; mais il s’agira toujours d’une histoire de frères, rude, faite de non dits, de violence, et qui devra aboutir sur une réconciliation. Un casting de prestige rassemble ici Guy Pearce (déjà présent dans The Proposition), Jessica Chastain, Mia Masikowska, Gary Oldmann pour un petit rôle ; et enfin un trio composé de Jason Clarke (vu dans Killing fields), Tom Hardy et Shia Laboeuf.

Il s’agit de trois frères qui vivent avec méthode de la vente d’alcool prohibé : l’aîné est stratège, et sait élever le ton quand c’est nécessaire ; le cadet est une masse de muscle alcoolique qui règle leurs comptes aux imprudents ; le petit dernier tente de faire sa place, mais trop impressionnable, il est laissé hors-jeu. Ils sont liés par une légende locale, selon laquelle ils sont invincibles : ni la guerre, ni la grippe espagnole n’ont pu les arrêter, quand tout mourrait autour d’eux. Convaincus que rien ne peut leur arriver, ils défient tous leurs ennemis avec la même froideur et la même insouciance. Quand l’aîné est grièvement blessé suite à un traquenard, le benjamin saisit sa chance pour mener les affaires familiales, fomenter une vengeance et apprendre, à son tour, à vaincre sa peur de la mort.

Des hommes sans loi est adapté d’un livre de Matt Bondurant, descendant des trois frères, qui, en essayant de rester fidèle à la réalité. avoue lui-même avoir rempli certains trous laissés par l’Histoire. Nick Cave a dû se jeter dans la brèche pour laisser libre cours à son imagination, et s’est emparé avec un plaisir certain de l’invincibilité de la famille, et donne une tonalité presque fantastique à son scénario. Car effectivement, ces frères résistent à tout. Et dans le déferlement de violence engendré par le règlement de compte avec un policier sadique et ses sbires corrompus, on est pris par un suspense permanent, et stupéfait qu’ils s’en sortent toujours.

Et ils s’en sortent à tel point qu’on finit par se dire que les auteurs trichent ; ces personnages sont attachants (Shia Laboeuf est parfait en gamin tête à claque) et le film prend un malin plaisir à nous montrer leurs échecs, leurs blessures, dont ils garderont à peine quelques séquelles. Ils s’en remettent d’ailleurs tellement bien qu’une fois rangés des barriques, ils finiront bons pères de familles, les années de violence et d’insouciance derrière eux. La rédemption est un peu trop simple, et leur cause apparaît étrangement juste aux yeux de leurs voisins. Certes, la prohibition véhicule son lot de folklore, mais le monde de ces frères est sauvage ; et les tortures infligées à leurs ennemis n’ont pas grand chose de sympathique. Il ne s’agit pas tant de cynisme sur les bases de la construction des Etats-Unis, mais plutôt de facilité ; oui, ils étaient criminels, mais c’étaient des bons criminels (contrairement aux policiers corrompus), et de bons frères. Grâce à une invincibilité peu regardante de la morale, ils ont donc la possibilité de revenir dans le droit chemin.

Montrer le passage du monde sauvage à la civilisation est l’essence du western ; en s’économisant cette réflexion, Des hommes sans loi n’évite pas une certaine démagogie. La famille est l’alibi des trois frères, sans considération pour le monde extérieur ; mais ils ont beau avoir des enfants, élever du bétail et mourir de leur belle mort, ils n’en ont pas moins emporté la violence avec eux.

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