MK2, le pop-corn et la culture

Un court article publié dans Le Monde daté du 21-22 octobre, intitulé « Les indépendants redessinent la carte des salles parisiennes»1, cite le patron de MK2, Nathanaël Karmitz :

« Il ne faut pas confondre les MK2, ses librairies et magasins de DVD, avec n’importe quelle autre usine à pop-corn. Quand un spectateur va voir Harry Potter dans un MK2, il se cultive. S’il le voit ailleurs, il va voir un blockbuster. »1

Tout en ayant conscience que le sens de propos peut être largement déformé hors de leur contexte, je ne résiste pas à la tentation d’essayer de comprendre l’intention de M. Karmitz dans ces quelques phrases. On constate d’abord que la marque MK2 est en elle-même un argument qui n’a besoin d’aucune justification, opposée par nature aux « usines à pop-corn » – précisons que l’article concerne le MK2 Bibliothèque, grand lieu de consommation de pop-corn. Poussons la comparaison : le MK2 Bibliothèque et l’UGC Ciné cité Bercy, séparés seulement par la Seine, proposent tous les deux des films en version originale, leur programmation est quasiment identique et chacun consacre deux écrans au dernier James Bond (comme à Astérix lors de sa première semaine).

On ne reproche pas à MK2 d’avoir des objectifs commerciaux ni de projeter des blockbusters, et le groupe n’a pas à s’en justifier, si ce n’est pour préserver son image. Mais ces questions sont visiblement hors de propos, puisque d’après Nathanaël Karmitz, ce n’est pas le film qui fait le blockbuster commercial, mais le lieu. Fréquenter un MK2 étant en soi le choix de la diversité, le spectateur qui y voit Astérix aurait l’oeil plus aiguisé, un esprit plus critique que le mangeur de pop-corn de l’UGC d’en face.

M. Karmitz, même si vous ne lirez jamais ces lignes, je voudrais vous répondre en trois points :

  • Hormis l’exception du MK2 Beaubourg (véritablement auteur) et quelques séances à 10 heures du matin ici et là, rien ou presque ne distingue votre réseau d’un autre. Sa réputation, qui tient à ces cas particuliers, ainsi qu’à la personnalité et l’histoire de votre père, surestime la qualité de vos choix de programmation.
  • La marque MK2 flatte les spectateurs qui ont l’illusion de « mieux » consommer le cinéma en venant chez vous ; ils ont été pris au piège de votre marketing. Ils seront d’ailleurs touchés d’entendre de votre bouche qu’ils se cultivent mieux là qu’ailleurs.
  • On peut conclure de cette idée que le spectateur, qui a sa carte illimitée (la carte… UGC-MK2), se cultive justement quel que soit le navet qu’il voit dans vos salles. Vous lui offrez une bonne conscience sur un plateau (là où un spectateur voyant les mêmes films dans un UGC est un consommateur lambda).

Se défendre de soutenir les blockbusters, railler les usines à pop-corn, quand les écrans de votre réseau en sont pleins et quand les fameuses usines à pop-corn sont vos propres partenaires de carte illimitée, cela s’appelle au choix cracher dans la soupe ou faire l’hypocrite. En fait, ce n’est pas tant au spectateur que Nathanaël Karmitz offre une bonne conscience : c’est, en toute humilité, au groupe qu’il dirige. A constater ce bel élan de mégalomanie, j’ai bien envie de filer à l’UGC Bercy manger du pop-corn.

1 « Les indépendants redessinent la carte des salles parisiennes », de Clarisse Fabre, Le Monde daté du dimanche 21 – lundi 22 octobre 2012.

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