Les noyés de la Nouvelle Vague

La révolution de la Nouvelle Vague, et l’influence qu’elle aura sur le cinéma, a été représentée à l’écran par de jeunes acteurs aussi insouciants que leurs réalisateurs, et prêts à conquérir le monde avec leur talent. Ils restent les incarnations de personnages désormais mythiques, dans d’indémodables chefs-d’œuvre. Mais la suite n’a pas toujours été des plus brillantes.

Alain Delon

Rocco et ses frères en 1960, L’Eclipse en 1962, Le Guépard en 1963… Visconti, Antonioni, Claudia Cardinale, Monica Vitti… En trois ans, il devient incontournable voire inoubliable en neveu de Burt Lancaster ; c’est à 28 ans, dans Le Guépard, qu’il est au sommet de son art, incarnant parfaitement la fougue, l’insolence et l’irrésistible réussite de Tancredi.

En 1967, il tourne pour la première fois avec Jean-Pierre Melville : c’est Le Samouraï, aujourd’hui élevé au rang de film culte. On peut comprendre ce qui peut séduire dans cette stylisation extrême, réduisant le scénario au strict minimum et reposant le film sur l’ambiance et, justement, sur son acteur principal. C’est là que le bât blesse : Le Samouraï est la première étape d’Alain Delon vers sa propre caricature de personnage sombre, silencieux, implacable, comptant sur sa seule présence pour provoquer le magnétisme vu chez Visconti. Entre les deux, il a perdu l’insouciance. Il tourne encore deux films avec Melville, s’enfermant dans son personnage, et devenant petit à petit une caricature de lui-même. Par la suite, il va lui-même au bout de ce principe en écrivant les scénarios des films policiers dont il est le héros (Ne réveillez pas un flic qui dort a quelque chose de culte, à sa façon).

Jean-Paul Belmondo

C’est LA référence absolue de la Nouvelle vague, le film qui lance le mouvement : Jean-Paul Belmondo est le Michel Poiccard d’A bout de souffle, le couple qu’il forme avec Jean Seberg est inoubliable. On est en 1960, et il s’apprête à vivre à l’écran des années formidables.

« -Il a dit : vous êtes vraiment une dégueulasse »

Il y a le cinéma d’auteur : Godard, avec lequel il tourne deux de ses films les plus célèbres, Une femme est une femme (1961) et Pierrot le fou (1965) ; Truffaut et La Sirène du Mississipi (1969) avec Catherine Deneuve ; Melville, Chabrol, De Sica… Et il y a le cinéma populaire, avec notamment Philippe de Broca, qui lui offre dans Cartouche, L’Homme de Rio, Le Magnifique et bien d’autres, de grands succès publics, efficaces et bien produits.

Que se passe-t-il alors ? Il se passe Stavisky. Belmondo est acteur principal, mais aussi producteur du film d’Alain Resnais, qui reçoit en 1974 un très mauvais accueil à Cannes. Les entrées en salles sont correctes sans atteindre le niveau des précédents films de l’acteur. C’est une rupture dans sa carrière, ses choix se tournant ensuite systématiquement vers le cinéma commercial. Sa présence dans de plusieurs de Georges Lautner fait indéniablement baisser la qualité de sa filmographie (tout en lui assurant des succès publics jamais atteints auparavant). C’est sans doute avec Lelouch qu’il s’en sort le mieux, retrouvant le goût du grand cinéma populaire avec Itinéraire d’un enfant gâté ; mais les années 60 sont déjà loin.

« -Qu’est-ce que c’est, dégueulasse ? »

Jacques Perrin

En 1960, Jacques Perrin n’a pas encore 20 ans. Il se fait remarquer avec La Fille à la valise, en 1961 ; mais c’est en 1965 qu’il vit le tournant de sa carrière, avec le chef-d’oeuvre de Pierre Schoendoerffer, La 317ème section. Son visage enfantin, sa silhouette frêle, y sont plongés dans l’horreur de la guerre d’Indochine. Il attire alors l’attention des réalisateurs en vogue (Chabrol, Costa-Gavras), et tourne régulièrement avec Schoendoerffer (notamment Le Crabe-tambour en 1977).

Et Jacques Demy lui donne l’un des rôles principaux des Demoiselles de Rochefort (1967), celui de Maxence, incarnation du romantique à la recherche de son « idéal féminin ». Sa candeur et sa chevelure blonde s’intègrent parfaitement à l’ambiance chamarrée et irréaliste du réalisateur. Ils récidivent trois ans plus tard dans Peau d’âne, nouvelle comédie musicale improbable, kitsch et magique.

Entre ses derniers films avec Schoendoerffer et aujourd’hui, Jacques Perrin s’est consacré à la production de longs-métrages et de documentaires. Il y a, évidemment, les documentaires, avec les succès de Microcosmos et du Peuple migrateur (ce dernier enfonçant les portes ouvertes du militantisme écolo, tout en passant à côté de la promesse d’un spectacle taillé pour le cinéma). Et il y a les longs-métrages, dans la lignée de Cinema Paradisio dans lequel il n’était qu’acteur : c’est le retour aux films populaires à gros sabots, terroir et résistance, Les Choristes et Faubourg 36. Jacques Perrin serait-il moins nostalgique des comédies musicales de Demy que de l’époque où La Cage aux rossignols enflammait le box-office avant de disparaître dans l’anonymat voué aux mauvais films à succès ?

Le choriste à la baguette

Y avait-il une sorte de malédiction sur les jeunes acteurs des années 60 ? La Nouvelle vague était-elle vouée à voir se retourner contre elle ses plus grands représentants, désormais abonnés aux apparitions dans les magazines people, ou produisant des films à l’opposé de ceux dans lesquels ils jouaient ? Ce triste constat concernant Alain Delon, Jean-Paul Belmondo et Jacques Perrin ne doit pas nous pousser à généraliser. Il y avait un autre acteur, plus symbolique encore de l’époque, et le plus jeune de tous, qui a réussi à échapper à un triste sort : Jean-Pierre Léaud, lui, n’est pas devenu un vestige de ce cinéma, c’est un acteur bien vivant, fidèle à sa tradition.

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