Le complexe d’Oedipe de 007

James Bond est de retour avec Skyfall, mais James Bond n’est plus tout à fait le même. Il commence par mourir, victime d’une décision précipitée de M. Enfin, mourir, pas tout à fait ; il disparaît. Jusqu’à ce qu’il apprenne que le service qui l’employait est menacé. La cible, c’est la famille ; l’ennemi, un ancien collègue qui a mal tourné ; le principe des attaques, le cheval de Troie. Le MI6 a du linge à laver. La raison de tout ce bazar ? L’ex-agent cherche à se venger du traitement que lui a réservé M jadis, en l’abandonnant à ses ennemis chinois. M, c’était son mentor, son soutien, celle qui serait toujours là pour lui. Cette mère de substitution, en le répudiant, en a fait un ennemi redoutable. Et James, qui est-il dans tout ça ?

La fierté de conduire la voiture de Papa

A partir de ces multiples pistes psychanalytiques, le film dresse son véritable projet : regarder la franchise comme 007 revient sur sa vie. Le rapport filial avec M est au cœur du film. La séquence finale se déroule dans sa maison d’enfance, où l’ami de la famille raconte la mort des parents. Quête d’identité du personnage, mais aussi de la série elle-même : tout est prétexte à faire référence aux épisodes passés. Ici, une page se tourne sur la période Pierce Brosnan (Q à Bond, en lui donnant des gadgets rudimentaires : « Vous attendiez un stylo qui explose ? On ne fait plus ce genre de choses ») ; là, Sean Connery est salué comme le modèle (l’Austin Martin de Goldfinger est sortie du placard). Le film est saturé de références au retour aux sources, à la « bonne vieille méthode » qui a toujours fait ses preuves. Pour Bond, l’exemple reste donc le père au début de sa carrière ; le vieil empoté qu’il était devenu était attachant, mais c’est bien le fringant jeune homme des années 60 qui inspire l’héritier.

Pourtant, si le film clame sans relâche ses préférences pour les origines, il peine à proposer un contenu dépassant de beaucoup les versions années 90. Dialogues potaches, réalisation tape-à-l’oeil, péripéties prétextes à un déchaînement d’explosions sans saveur… L’intrigue s’étire en longueur, le projet n’arrive pas à la cheville de ses aînés tant admirés. Le fils se réclame du père, mais personne n’est dupe : il n’est qu’un héritier et n’a pas le talent de son géniteur qui avait construit son empire à partir de rien. Il se démène, mais conscient de ses limites, se frustre : la série finit par tuer la mère, plus par impuissance que par maîtrise. James Bond est définitivement orphelin.

M, une mère sévère, mais juste

Daniel Craig fait ce qu’il peut, il n’a d’ailleurs jamais été aussi convaincant ; mais l’obsession du passé est un fardeau trop lourd pour les épaules de série. Les ennemis, les intrigues, croyant renouveler le genre, l’enlisent. 007 n’a même plus l’épaule de M pour pleurer. Après Skyfall, il est condamné à regarder la photo de son père, conscient qu’il ne l’égalera jamais.

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2 réflexions sur “Le complexe d’Oedipe de 007

  1. t’as pas trop de crédibilité en la matière de Bond Ronfard… MI « 5 »… ! là y’a un vrai souci si t’es fan de Brosnan qui a failli couler la franchise (il peine à proposer un contenu dépassant de beaucoup les versions années 90)… j’en reviens pas

    • Coquille pour MI5, corrigée.
      Non, je ne suis pas fan de Brosnan, donc pas fan de Skyfall non plus (même si Daniel Craig, bien que blond, est une incarnation de Bond beaucoup plus convaincante que son prédécesseur). « Dialogues potaches, réalisation tape-à-l’oeil, péripéties prétextes à un déchaînement d’explosions sans saveur… ». Le film voudrait croire qu’il renoue avec la magie des meilleurs, mais il est pour moi plus proche des moins bons.

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