Réédition de L’Esclave libre : aux sources du Grand détournement

Pour tout amateur du Grand détournement qui n’a jamais su d’où sortait ce sosie de Julien Lepers, la réédition le 16 janvier en copie neuve de L’Esclave libre, de Raoul Walsh (Band of angels, 1957), est une excellente occasion de le découvrir.

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L’exercice de style de Michel Hazanavicius, réalisé en 1993 avec l’autorisation exceptionnelle de la Warner pour ses 70 ans, est l’oeuvre d’un amoureux du cinéma américain. Il pioche avec délice dans ce catalogue mythique pour construire, par collage de séquences et doublages alternatifs, une improbable enquête sur la mort de Georges Abitbol, l’homme le plus classe du monde (incarné par John Wayne). On y aperçoit notamment de larges extraits de Rio Bravo (Howard Hawks, 1959) ou des Hommes du président (Alan J. Pakula, 1976) ; et au milieu d’une cinquantaine de films apparaît Clark Gable pour une séquence de mime incroyable.

L’Esclave libre est un vestige de l’Hollywood des grandes années. A peine 20 ans après Autant en emporte le vent, avec le même acteur principal et un cadre similaire (le Sud autour la guerre de sécession), le film semble hors du temps : Gable est depuis peu de retour en haut de l’affiche après une traversée du désert de dix ans. Raoul Walsh a quarante-cinq ans de carrière derrière lui, et tirera sa révérence sept ans plus tard (après environ 140 films) ; et il ne se sent plus tout à fait chez lui à Hollywood.

"Et notre répétition de scie musicale ?" - Clark Gable et Yvonne de Carlo détournés

« Et notre répétition de scie musicale ? » – Gable et Yvonne de Carlo détournés

Son personnage déborde de cette nostalgie, et se remémore notamment un mystérieux passé d’aventure le temps d’une soirée avec un ami sorti de ses souvenirs ; des émotions telles qu’elles déclencheront une tempête au cours d’une séquence magnifique – et citée par Hazanavicius dans son détournement. Un choix plein de sens dans cet hommage à Hollywood : à travers ses thèmes, son réalisateur, sa vedette, L’Esclave libre raconte un morceau de l’histoire du cinéma américain, alors que le grand chapitre de l’âge d’or est presque déjà refermé.

Voir L’Esclave libre, au-delà du plaisir de découvrir les séquences non détournées, c’est s’immerger dans un cinéma conscient de sa propre fin, et désormais disparu. Et pour ceux qui l’ont déjà vu, mais qui n’ont jamais vu Le Grand détournement, nous leur conseillons de se lancer le défi de retrouver l’origine de toutes les séquences détournées ; et de savourer l’apparition de Clark Gable.

"- Vous pouvez nous dire le titre de votre plus grand film s'il-vous-plaît ?- Ou nous le mimer ?"

« – Vous pouvez nous dire le titre de votre plus grand film ?
– Ou nous le mimer ? »

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