Malick, ce grand sentimental

Au cours de sa longue carrière (et de peu de films), Terence Malick a toujours été fasciné par la beauté de la nature et la violence qu’elle pouvait paradoxalement engendrer. Par extension, il s’est aussi interrogé sur la capacité de transcendance des hommes et celle qui pouvait les amener à détruire les plus belles choses. L’humain était donc à lui-seul un monde où s’affrontaient « la nature et la grâce », pour reprendre le motif de Tree of life. Son dernier film, A la merveille, ne fait pas exception à la règle : cette histoire d’amour absolu, parfait, qui se ternit et se transforme en haine, c’est cette fois le sentiment qui est victime de ce combat inhérent à toute vie, selon le réalisateur.

A la merveille 1

C’est l’histoire d’un sentiment, et non d’un couple : le personnage incarné par Olga Kurylenko partage seul ses états d’âme, elle est seule transcendée par son histoire. Malick limite la romance à son point de vue, et la montre en permanence sur un nuage, ne cessant de danser, de rire, d’enlacer celui qu’elle aime. Lui est filmé en premier plan, en observateur absent, il parle à peine – Ben Affleck est l’acteur rêvé pour ce rôle fantôme. C’est donc elle qui plane, et qui va petit à petit redescendre, pour haïr avec autant d’énergie qu’elle aura aimé. La nature, encore une fois, est magnifiée, comme accompagnant l’aventure (notamment lors d’une escapade du couple au Mont-Saint-Michel, laissant toute sa place à l’émerveillement). Une caméra virevoltante prend au vol cette euphorie, le découpage sec inscrit les instants hors du temps, comme il le faisait dans Tree of life. Cependant, il y avait quelque chose dans le précédent qui manque ici.

Si on oublie la partie mystico-lyrique de Tree of life (sa genèse introductive et son final réconciliateur, inutiles et interminables), le cœur du film mettait de façon magnifique en scène une enfance confrontée aux mondes des adultes, et incapable d’en comprendre la beauté et la violence. Les interrogations de ces frères, leurs souffrances, étaient saisies avec une grande justesse et beaucoup d’émotion. Quand on passe, avec A la merveille, à l’histoire d’amour, on tombe dans le journal intime au premier degré, avec tout ce qu’il peut avoir de banal voire de trivial (la femme qui trompe son mari avec le premier venu). La virtuosité technique ne fait pas illusion, cette histoire est simplement ennuyeuse. Javier Bardem, en prêtre malheureux n’ayant pas trouvé la transcendance, cherchant à s’abandonner à un amour qu’il ne trouve pas, attire un peu plus notre attention, mais sa partie est bâclée voire ignorée.

A la merveille 2

Malick a toujours été à la limite du sentimentalisme : Les Moissons du ciel et ses incendies, La Ligne rouge et ses lettres d’amour, et surtout la terrible romance qui plombait Le Nouveau monde. A la merveille s’y précipite cette fois sans détour, usant de toute sa maîtrise technique pour filmer ce qui ne mérite pas de l’être. Il paraît que ce film est en partie autobiographique ; cela nous conforte dans l’idée que toute histoire ne vaut pas d’être racontée, et que ce n’est pas parce qu’une histoire est vraie qu’elle en est digne d’intérêt. A choisir entre deux romances, plutôt que celle-ci, on préférera largement revoir son adaptation de Pocahontas.

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