Brisseau, de nulle part

La Fille de nulle part est passé sur nos écrans furtivement, avant de disparaître sous l’avalanche de sorties hebdomadaires. Il n’y avait de toute façon pas beaucoup de place pour un tel film, pied-de-nez au bon sens, défi aux codes, électron libre informe et insaisissable.

La fille de nulle part

On peut dire que Brisseau ne facilite pas la tâche au spectateur, et prend le risque de rebuter les personnes sensibles au dialogue taillé au couteau, au ton juste de l’acteur, au montage fluide ; il prend le risque de rebuter pas mal de monde. Quant aux amateurs d’effets spéciaux, ils auront sans doute les yeux qui brûlent devant les séquences de lévitation. D’un point de vue purement formel, le film semble être l’œuvre d’un étudiant en cinéma qui aurait bâclé son travail, et il aurait sans doute une mauvaise note. Les plus consciencieux pourront sans doute relever un nombre record de faux raccords. Mais tout cela n’a absolument aucune importance. Oublions les codes, les films bien faits et le bon sens : La Fille de nulle part est bien au-dessus de tout ça.

C’est un quasi huis-clos, dans un appartement parisien, celui de Michel. Michel est veuf depuis de nombreuses années, professeur à la retraite, et le destin va envoyer Dora, blessée, devant sa porte. D’abord hébergée le temps de son rétablissement, elle va petit à petit s’installer dans sa vie. Et l’appartement devient le théâtre de phénomènes surnaturels et inquiétants. Michel est un pur scientifique, tout doit pouvoir s’expliquer ; et même la vision d’une femme en lévitation dans son salon ne le fait pas flancher.

La fille de nulle part 2

Il y a beaucoup d’humour dans la façon dont Brisseau se met en scène, récite maladroitement son texte ; son personnage s’adresse aux visions en leur demandant, de façon très terre à terre, qui elles sont et ce qu’elles veulent… Enfermé dans son approche scientifique, hermétique au monde et aux émotions, il est confronté à une jeune fille décontractée, aux manières abruptes mais curieuses, mais qui va surtout l’aider à trouver un sens à tous ces événements. Derrière le surnaturel se cache une belle histoire d’amour, celle de Michel et de sa femme. En Dora, Michel verra la réincarnation de la défunte, et avec ce nouveau postulat, sera capable d’imaginer les conséquences scientifiques de cette nouvelle : lui et elle sont condamnés à se croiser éternellement dans leurs réincarnations, mais séparés par les années. La nouvelle foi du professeur en cette théorie est le point d’orgue de ce beau film romantique.

La fille de nulle part 3

La foi de Brisseau en son cinéma est le moteur de sa réussite : il y a quelque chose à raconter, alors on fait avec les (très modestes) moyens du bord, pour aller droit au but, et qu’importe si la finition laisse à désirer. Ce qui importe, c’est que le film existe et qu’il soit passionnant. De la fougue, de l’insouciance, de la vitalité : La Fille de nulle part est le souffle de fraîcheur du début d’année.

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Une réflexion sur “Brisseau, de nulle part

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