Dead silence : retour aux sources de l’horreur

par Baptiste Serot

Dead Silence débute avec une séquence relativement classique : on découvre deux personnages,  Jamie et Lisa, dans leur quotidien de couple. Il semble s’improviser plombier, tentant de réparer un siphon. Il fait une blague à sa compagne qui ne fait rire qu’elle. Lisa est une jeune femme pétillante, épanouie et pleine de vitalité. Des embrassades conjugales. Quelqu’un frappe à la porte. Jamie se dirige vers la porte d’entrée, l’ouvre et y découvre un colis qui lui est destiné. Intrigué, il prend la décision d’ouvrir le paquet, c’est ainsi qu’il découvre une marionnette portant le nom de Billy. Stupéfaction. Il juge qu’une erreur s’est produite. Le couple reprend son rythme habituel. Ayant promis de s’occuper du dîner, il part chez le traiteur. En son absence, Lisa remarque d’étranges phénomènes : la musique provenant de leur stéréo se met à avoir quelques interférences, des bruits aigus font leur apparition, la marionnette bouge ses yeux. A son retour, Jamie découvre le cadavre de Lisa, bouche ouverte : plus de langue.

C’est ainsi que commence le film de James Wan. Cette séquence d’ouverture déclenche la suite des hostilités. Le spectateur apprend l’essentiel en une séquence : présentation du personnage principal et de Billy la marionnette. Les effets qu’il déclenche. On découvre d’où elle provient, en l’occurrence de Ravens Fair, le village natal de Jamie et de Lisa, où une certaine Ventriloque, nommée Mary Shaw, résidait par le passé. Jamie prend la décision de revenir sur ses terres et de lever le voile sur le mystère de Mary Shaw.

Dead silence 3

La fascination du genre

Pendant la post-production de Saw, James Wan et Leigh Whannell, son scénariste, ont l’idée de réaliser un film d’épouvante avec une forme traditionnelle, en revenant aux origines du genre, sans pour autant tomber dans le recyclage : « Notre objectif était d’écrire une histoire qui puisse avoir existé, en revenant sur les détails classique du genre », explique le réalisateur. Dead Silence revient sur les codes du film de genre, qu’on croyait épuisés depuis des années : grincements de portes, brouillard, draps derrière lequel se cache une présence… Et pourtant le duo Wan/Whannell dépoussière ces éléments d’épouvante qui on pu effrayer les spectateurs d’une ancienne génération, mais en gardant à l’esprit que le public ne s’intéresse plus au « déjà vu ». Il veut être surpris. James Wan et Leigh Whannell réalisent une peur inédite. L’ingéniosité est de reprendre tous les détails du cinéma d’épouvante d’antan, mais, cette fois-ci, en intégrant des passages silencieux ayant pour seule musique le bruit des craquements des meubles, les paupières de la marionnette… pour basculer progressivement vers une musique aiguë et sourde, dévoilant des révélations macabres. Le son occupe une place prépondérante, c’est ce qui va engendrer la tension et la peur.

Il est ici aussi effrayant que l’obscurité, cette dernière accentuant les sons insoupçonnés, comme un néon rouge d’une enseigne d’hôtel. La séquence où Jamie s’installe dans la chambre d’un hôtel miteux de Ravens Fair illustre parfaitement l’usage du son au sein du film. Pendant que le personnage dort sur le lit, nous voyons la marionnette Billy, assis sur une chaise près de la fenêtre. La lumière rouge du néon vient éclairer une partie de la pièce et le visage de Billy. La grande nouveauté dans le cinéma de genre est ici l’utilisation du son sur des matériaux, en l’occurrence le bruit du néon. En montage parallèle, nous observons un plan sur le robinet du lavabo, encore une fois le son prend son effet sur le « PLOC » du goutte-à-goutte. Ce sont les seules sources de son utilisées pour cette séquence, l’écho des éléments devient musicalité. Cela permet une immersion totale, jouant avec malice sur les peurs paranoïaques du spectateur. Il sait très bien construire des bruits dit « inconscients » : les gens croient entendre des bruits quand ils sont saisis par la peur. « Les gens ont une peur réelle du silence, quand ils restent chez eux ils allument la télé ou écoutent de la musique afin d’obtenir une présence. » (James Wan)

Dead silence 1

Revenir au cinéma des années cinquante et soixante exige une approche plus classique au niveau de l’esthétique, en supprimant beaucoup d’effets numériques qu’on peut retrouver avec les films actuels. James Wan et Leigh Whannell décident donc de jouer la carte de l’artisanal. La production emploie de talentueux chefs décorateurs, chefs opérateurs, et les effets spéciaux sont entièrement fabriqués à la main afin de donner l’aspect et le charme des films d’époque. Les deux compères se risquent à un retour aux films d’épouvante classiques, cependant on peut constater que Dead silence est un film d’époque ancré dans celle d’aujourd’hui. Leur volonté assumée de reprendre les grandes lignes du cinéma d’épouvante classique se traduit par la mise en place de structures narratives et esthétiques contemporaines, notamment l’utilisation de caméras haute définition pour la réalisation, permettant une plus grande qualité d’images et de profondeur de champs, et accentuant ainsi les détails se trouvant à l’intérieur de l’image. Grâce à l’habilité du duo, on assiste à un film d’entre-deux, renvoyant à l’univers des films d’époque, avec décors et effets artisanales nous plongeant dans les classiques du genre comme la Maison du Diable, le chef d’oeuvre gothique de Robert Wise, dont l’atmosphère de Dead Silence est clairement inspirée ; Les Innocents, film traditionnel de fantômes, dont ce film reprend les codes (grincements…). Pour le coté horreur, l’empreinte du maitre italien Mario Bava est également indéniable. L’apport des techniques d’aujourd’hui (les caméras) donne au film de James Wan un « passé d’aujourd’hui ».

James Wan se permet de grandes libertés dans la mise en scène. De nombreux fondus enchainés surgissent toujours de façon cohérente par rapport à son récit : la caméra vient filmer la carte de Ravens Fair et se plonge littéralement dedans pour donné place au « vrai » Ravens Fair. Grâce à la qualité technique, le film ne tombe jamais dans le ridicule en réalisant de tels plans. Du début à la fin, les couleurs dominantes sont le bleu et le rouge (couleur préférée du cinéaste). Le bleu-gris donne un coté froid et une ambiance poisseuse et glaciale. Le rouge, moins présent, est la couleur chaude du film. Il est représenté par taches de couleurs (voitures, nœud papillon de Billy, cheveux du clown marionnette…) – c’est également le cas dans Insidious. Cette couleur renvoie bien entendu à celle du sang.

Dead silence 2

Fascinés par le cinéma de genre d’autrefois, James Wan et Leih Whannell réalisent leurs rêves de gosses. L’ouverture du film avec l’ancien logo de la maison de production Universal Pictures, nous renvoie directement dans les années cinquante. Dead silence transcende et transforme le film d’épouvante d’autrefois en le dépoussiérant, sans en oublier l’essentiel : la frayeur. Dead silence est un film d’horreur et d’épouvante artistique et beau. Le cinéma d’horreur est un exercice extrêmement périlleux, celui-ci ne tombe jamais dans le piège de ses propres clichés, jouant habilement avec les codes établis, et réussissant à impliquer et questionner le spectateur sur ses propres peurs. Le duo de l’horreur nous offre une œuvre unique. La peur a désormais un nouveau nom : Wan/Whannell, la relève est en marche.

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Une réflexion sur “Dead silence : retour aux sources de l’horreur

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