Dark skies : la vérité est ailleurs

Par Jimmy Menez

Une banlieue pavillonnaire américaine avec son lot de drapeaux étoilés, d’enfants qui jouent, d’hommes qui jardinent, de personnes âgées qui regardent la télévision, de joggers… Carte postale d’une Amérique fantasmée comme semble le rappeler la bande son inquiétante. La vérité se trouve de l’autre côté, à l’intérieur des pavillons hantés par la classe moyenne, car derrière les façades se cache une autre réalité : celle de la crise, du chômage, de l’insécurité financière, des petits mensonges du quotidien, de la peur de décevoir ses proches… Ce film montre le vrai visage d’un pays sur le déclin au travers d’un regard sur la famille.

La famille Barrett doit (ré) apprendre à communiquer pour survivre

La famille Barret doit (ré) apprendre à communiquer pour survivre

La famille Barret mène une vie paisible dans un suburb plus que calme. Daniel, le père, est au chômage, mais cela ne va pas durer, il passe des entretiens. Lacy, sa femme, croit en lui, en sa capacité à retrouver sa place dans le monde (professionnel). Elle travaille comme agent immobilier et malgré les soucis financiers du ménage elle se permet d’être honnête avec ses clients, même si cela lui fait rater des ventes. Jesse, leur aîné, est un adolescent qui se cherche, il fume un peu d’herbe et regarde des pornos avec un ami plus âgé que son père n’apprécie pas. Il n’est pas pour autant en conflit avec ses parents, prend son rôle de grand frère à cœur et entretient une relation très intime avec Sam, son benjamin. Les Barret mènent une vie normale, mais des évènements étranges commencent à avoir lieu dans la maison : des objets sont déplacés dans la cuisine, l’alarme se déclenche sans raison, Sam se retrouve dehors au milieu de la nuit, des centaines d’oiseaux viennent s »écraser sur la maison, les membres de la famille semblent être pris d’absences passagères et ont des trous de mémoires, des marques apparaissent sur les corps des enfants… L’entourage se met à penser que ces marques sont le fait des parents, mais il n’en est rien. Les agresseurs sont des extraterrestres. Personne ne peut les croire, ils sont donc obligés de faire face à ces visiteurs avec leurs propres ressources en resserrant les liens familiaux pour empêcher les aliens d’enlever l’un des leurs.

Une citation d’Arthur C. Clarke ouvre le film : « Il existe deux possibilités… Soit nous sommes seuls dans l’univers, soit nous ne le sommes pas. Les deux hypothèses sont tout aussi effrayantes. » Il est possible de lire cet exergue de deux façons différentes et c’est pour cette raison que Dark Skies dépasse son statut de film de genre pour devenir une réflexion sur la société. D’un côté le film nous parle d’extraterrestres, et donc de l’existence d’autres formes de vies dans l’univers au sens premier du terme. D’un autre côté, il met en scène une communauté de gens qui vivent ensembles, des voisins et des amis qui jugent le comportement des Barret comme étrange. Un policier les met en garde  par rapport à la possibilité que l’un des enfants soit responsable de la disparition de toutes les photos de famille. Sam accuse le marchand de sable, les parents se méfient et fouillent sa chambre. Puis, quand la mère, suite à des recherches, en vient à parler de créatures venues d’un autre monde son mari refuse de la croire. En resserrant la communauté à la famille, au sein de laquelle chaque membre se retrouve seul à un moment du film, on comprend que la citation ne nous parle pas seulement des aliens mais aussi des autres humains. C’est l’une des plus belles réussites du film que de transcender la science-fiction pour laisser apparaître le drame de la condition humaine : l’impossibilité d’être seul et la difficulté de vivre en société.

Le fils ne serait-il pas responsable du déplacement des objets dans la cuisine ?

Le fils ne serait-il pas responsable du déplacement des objets dans la cuisine ?

Le film porte aussi un regard sur l’état dans lequel se trouve la société américaine traversée par la crise, l’individualisme, la paranoïa, et toujours traumatisée par la 11 septembre. Le père installe des caméras pour comprendre les événements et aussi indirectement pour surveiller les membres de sa propre famille. Cette famille au sein de laquelle la communication ne passe plus : le père ment à la mère suite à un entretien d’embauche, les parents doutent de leurs propres enfants, la femme insinue à son mari qu’il devrait peut-être envisager une thérapie. Vers la fin on apprend que l’ennemi extra-terrestre est déjà là depuis longtemps… Le malheur ne s’est pas abattu sur eux du jour au lendemain, les hommes gris se montrent car ils se préparent à attaquer et le seul moyen de résister se trouve être la cohésion familiale. Un spécialiste sur la question les a mis en garde : se sont les membres les plus isolés qui se font enlever… Mais qui est vraiment leur adversaire ? Les aliens, la finance, le terrorisme, leurs voisins, eux-mêmes  ?

Au delà d’une rencontre du troisième type, c’est bien un état des lieux de l’Amérique qui nous est proposé ici. Sous sa forme de film de genre indépendant, Dark Skies dépeint une société souffrante et traumatisée. Une bande son effrayante, des travellings inquiétants, une caméra toujours en léger mouvement et un montage percutant : peut être est-ce la solution pour mettre le spectateur sur la brèche et l’amener à une véritable sensation d’angoisse. Produit par la société Blumhouse productions, aussi à l’origine de deux des films les plus anxiogènes de ces dernières années (Insidious et Sinister), Dark Skies est à la fois un film d’horreur du privé, un film de science-fiction intimiste et un drame familial.

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