Giulietta Masina, la muse de Fellini

Giulietta Masina

En proposant un portrait en trois temps et sous trois plumes, Giulietta Masina, la muse de Fellini nous offre une approche complexe et kaléidoscopique de l’actrice italienne et de son importance dans l’œuvre et dans la vie de son réalisateur de mari. Le choix des contributeurs mise sur la diversité des expériences : Zoé Valdes, écrivain, cinéphile, qui n’a connu le couple que par l’écran ; Dominique Delouche, assistant du maestro sur certaines des œuvres les plus marquantes du cinéaste ; Jean-Max Méjean enfin, journaliste et critique qui avait rencontré et interviewé Masina.

Je ne suis pas familier de l’œuvre de Fellini, et je n’ai vu l’actrice que dans Juliette des esprits (le film et son interprète m’avaient beaucoup marqué à l’époque) ; pourtant, même sans connaître les films dont il est question, la lecture de La Muse de Fellini ne manque pas d’intérêt. Car plutôt que de se limiter à une approche purement érudite, les trois intervenants font régulièrement appel à leurs sentiments et à leurs propres expériences. Certes, certains paragraphes versent dans une relecture de la réalité du couple à travers l’analyse d’une scène ; l’étalage de la connaissance extrême de la biographie croisée à la filmographie fait tourner la tête du néophyte. Mais c’est lorsque les auteurs oublient de jouer le rôle de critiques, et qu’ils parlent à la première personne, que l’ouvrage prend de la valeur.

Il s’agit de partager un vécu ; de raconter son propre rapport aux films et à l’œuvre, ses propres chocs. C’est une expérience de cinéphilie que propose chacun, avec cette envie d’expliquer pourquoi une telle passion les emporte quand il s’agit de parler de Giulietta Masina. Il y a un plaisir évident à lire La Muse de Fellini : celui de sentir, derrière les mots, l’enthousiasme, voire l’exaltation qui anime les auteurs, notamment quand ils se remémorent leur première fois devant l’écran. Chaque amateur de cinéma a son petit panthéon personnel, et le plus beau est de le transmettre et de l’expliquer. C’est un exemple de ce fabuleux exercice que l’on lit ici. A ce titre, c’est le premier texte, celui de Zoé Valdes, qui est le plus fort et le plus touchant ; comme beaucoup de lecteurs, elle restera simple spectatrice, et parle donc à tous ceux qui n’auront jamais l’occasion d’entrer dans l’intimité de leurs artistes favoris.

Je n’ai qu’une envie désormais, c’est de voir La Strada, Les Nuits de Cabiria, et d’autres ; de me replonger dans Huit et demi ; et de revoir également Juliette des esprits (qui est ici durement critiqué ; je veux donc éprouver mon souvenir…). Je veux partir à la recherche de ce charme diffus, magnétique, que je n’ai aperçu qu’une fois et qui m’avait tant marqué. Un livre qui donne une telle envie de cinéma, c’est en soi une belle aventure.

Masina Cabiria

Une remarque sur Giullietta Masina : elle avait la réputation d’être effacée, sans grand charisme, et de freiner la créativité de son mari. Dominique Delouche et Jean-Max Réjean vont chercher la vérité derrière ces clichés dans leurs textes respectifs, mais on se rend compte que tous deux l’ont rencontrée presque par accident ou par défaut, dans leur volonté de croiser Fellini. Ses plus grands fans étaient-ils eux aussi avant tout fans du réalisateur, effaçant eux-mêmes l’actrice, fondue dans l’œuvre ?…

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