The Bay, un found footage qui dérange

Par Jimmy Ménez

Found footage : métrage trouvé.

Forme cinématographique très utilisée dans les films d’horreur qui consiste à introduire une notion réaliste en prétendant que le film est monté à partir d’images récupérées. (Cannibal Holocaust, The Blair Witch Project, V/H/S…)

Avec The Bay, Barry Levinson, réalisateur oscarisé en 1989 pour Rain Man, propose un found footage écolo très intéressant. En portant un regard critique sur la façon dont l’homme traite son environnement, il semble vouloir nous mettre en garde sur les dangers à venir : attention si vous ne faites pas plus attention à l’écologie, vous risquez de le payer… Encore cette fameuse vérité qui dérangeait Al Gore. Vendu comme un film d’horreur, avec la fameuse accroche « Par les Producteurs de Paranormal Activity et Insidious » en haut de l’affiche, The Bay ne se limite pourtant pas à ce programme réducteur, mais tient aussi du docu-fiction dramatique. Avec une base scénaristique solide quant à l’origine de la contamination, un regard critique sur la politique et le capitalisme, et une volonté de promouvoir l’écologie, Barry Levinson construit un film efficace et effrayant du fait de la plausibilité des faits qu’il raconte.

Vendre de l'horreur, mode d'emploi

Vendre de l’horreur, mode d’emploi

Trois ans après les événements présentés dans les archives, une jeune femme, stagiaire reporter au moment du drame, revient sur celui-ci pour commenter les images en vue de les rendre publique. Elle semble toujours traumatisée par cette journée du 4 juillet 2009 passé dans une ville côtière de Chesapeake Bay. Et pour cause… Des centaines de personnes sont mortes du fait d’un étrange parasite aquatique les dévorant de l’intérieur. Les vidéos numériques de cette journée, collectées puis montées sous forme de documentaire, permettent d’en saisir la chronologie et propose un regard critique sur les événements. En premier lieu, ce document nous montre les festivités mises en place pour la fête de l’indépendance : Miss Crustacé ou encore un concours de mangeurs de crabe. En parallèle, nous apprenons la mort de deux océanographes dans la baie quelques semaines plus tôt, ainsi que la présence d’un important complexe d’élevage intensif de poulets qui a des effets néfastes sur la qualité de l’eau. Le lien est fait : l’eau est polluée par la fiente des volatiles. Dès l’arrivé des premières victimes (une femme, dont le corps est couvert de plaque rouge, marchant dans la rue en réclamant de l’aide ; les participants du concours des mangeurs de crabe se mettant à vomir), tout semble indiqué qu’un virus contenu dans l’eau en est la cause. Or, il ne s’agit pas d’un simple virus mais d’un parasite marin. Espèce sans danger pour l’homme a priori, mais qui l’est devenue en étant nourrie des stéroïdes ingérés puis déféqués par les poulets dont les déjections sont rejetées dans la baie.

The Bay reprend les ressorts classiques et efficaces de l’horreur maritime où se baigner devient mortel ; on pense à Piranha et aux Dents de la mer. Mais ici, cela va plus loin, puisque tout rapport avec l’eau est potentiellement dangereux. Après l’ingestion de larves de parasite, la contamination et la mort peuvent arriver au sec. Il y a d’un coté la mort violente dans les eaux de la baie, et de l’autre la mort lente des personnes infectés qui remplissent la salle d’attente de l’hôpital local. Le médecin fait appel au CDC (Center for Disease Control, l’agence américaine chargé de gérer ce genre d’infection), dont les employés tentent de comprendre à distance les origines de la pandémie… Mais il est déjà trop tard. Les deux océanographes avaient pourtant tentés de prévenir les pouvoirs publics en transmettant les résultats de leurs recherches, mais personne ne les avait écoutés, pour des raisons différentes : au niveau local, le maire tenait au tourisme estival et à l’élevage de poulet qui profitent à l’économie de sa ville. Au niveau national, le problème n’a pas été pris assez au sérieux par des fonctionnaires qui craignaient pour leur poste s’ils tiraient la sonnette d’alarme sans être sûrs de la dangerosité des eaux de la baie. Barry Levinson ne lésine pas sur la critique des intérêts politico-financiers à l’origine du drame et redonne ainsi aux films de genre une dimension politique qu’ils n’avaient plus depuis plusieurs années. Pourtant, les premiers films de Georges Romero (La nuit des morts-vivants, Zombie…) ou encore certaines œuvres de John Carpenter (Invasion Los Angeles, Los Angeles 2013…) déployaient un esprit contestataire et posaient un regard critique sur la société.

Sur la plage abandonnée, coquillages et crustacés...

Sur la plage abandonnée, coquillages et crustacés…

Bien que les faits semblent plausibles, il manque peut être un sentiment d’immersion pour pouvoir être tout à fait aspiré par le film. Si le dispositif du found footage permet de gagner en réalisme, il peut aussi parfois amener le spectateur à se détacher de ce qui est montré à l’écran : l’utilisation d’images de caméras de sécurités ou encore de celles embarquées dans les voitures de la police posent un regard très distancié par rapport aux personnages. Dans la même logique, leur nombre important ne permet pas l’empathie que l’on devrait ressentir pour eux. L’utilisation du found footage donne surtout à Barry Levinson l’occasion de multiplier les points de vue, d’appuyer le côté documentaire du film et de légitimer son propos sur l’écologie. Sans révolutionner l’utilisation de cette forme, le réalisateur en fait un usage intelligent et en lien direct avec le propos de son film.

La grande force de The Bay tient dans la cohérence entre sa forme – un faux documentaire – et son propos – une critique du capitalisme et des décisions politiques néfastes à l’environnement. En plus de nous faire craindre le pire pour nos futurs baignades estivales, le film nous donne à réfléchir sur le monde telle que nous voulons qu’il soit. Voulons-nous que les forces de la nature se retournent contre nous ? Ou désirons-nous vivre en harmonie avec elle ?

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