Alchimie d’Artémis

Artémis, cœur d’artichaut, d’Hubert Viel_

C’est un film improbable, qui oscille entre le délire de potes, le travail de fin d’étude et le geste artistique libéré. Court-métrage devenu un long, c’est un voyage un peu fêlé fait de bouts de ficelle. Artémis, cœur d’artichaut dure 64 minutes, au cours desquelles on retourne à la fac pour y rencontrer deux copines et regarder le film de leurs vacances. C’est en fait un peu plus que ça, même si le réalisateur semble avoir un sens du rythme et un humour suffisants pour tenir la distance rien qu’avec un film de vacances – mais ça n’aurait pas autant d’intérêt.

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L’intérêt vient du mélange des genres, aussi bien dans la réalisation que dans l’histoire. Il y a d’abord cette incursion du réalisateur/narrateur, qui nous raconte parfois le film en train de se faire, parfois lit ses notes pour nous guider parmi les ellipses, et ce dispositif, parfaitement dosé, crée une ambiance un peu décalée mais pas trop, qui nous donne l’impression que tout le monde, nous y compris, participe à la fabrication de ce récit à la fois complètement anodin et un peu fou. Et il y a, derrière, l’histoire d’Artémis, le mélange entre l’étudiante et la déesse, qui permet d’osciller entre le léger et le grave, entre le quotidien le plus trivial et des touches surnaturelles oniriques. L’alchimie de ce bazar, son équilibre, sont plus clairs avec du recul ; Artémis, cœur d’artichaut s’affirme comme un film très attachant.

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Pour profiter pleinement de cette ambiance, il faut peut-être avoir connu les études à la fac : le charme douteux d’un restau u, les collocations entre potes, les pizzas froides sur une plage, les rencontres un peu minables, les discussions navrantes de vide au cours de soirées improbables… Cet univers peut rebuter, agacer par sa vacuité ; mais il est assez fidèle à la réalité et réveillera une étrange nostalgie chez ceux qui l’ont connu. Chez les autres, l’énergie des deux interprètes principales suffira peut-être à les faire embarquer dans leur road-trip de quelques kilomètres. On l’espère, car cette ambiance semble être une facétie d’un réalisateur qui ne veut pas passer pour trop sérieux alors qu’il a envie de dire plein de choses.

Histoire d’amitié, d’initiation, de passage à l’âge adulte, récit d’un combat contre les traumatismes passés… Artémis, cœur d’artichaut, c’est un film qui parle de tout ça en faisant semblant de ne rien raconter du tout et en se réfugiant derrière un apparent foutoir intégral. Mais le foutoir n’est qu’apparent ; il n’y a pas que l’intention, tout est bien là, en filigrane. L’air de rien, pour ne pas nous ennuyer. Cette humilité est toute à son honneur.

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2 réflexions sur “Alchimie d’Artémis

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