Plaisirs de la série B : Conjuring, les dossiers Warren

Conjuring, les dossiers Warren, de James Wan_

Alors qu’Insidious 2 arrive sur nos écrans, l’amateur français du genre aura à peine eu le temps de digérer Conjuring – Les dossiers Warren, sorti il y a un mois et demi. Si ces sorties extrêmement rapprochées peuvent désorienter les spectateurs, voire desservir la visibilité des films, elles sont assez cohérentes avec l’esprit des producteurs (dont il avait par ailleurs déjà été question ici). Car leur cinéma est celui de la série B, d’un univers codifiés appréciés des spécialistes, autour duquel ils brodent des variations dont Conjuring, réalisé par James Wan, est un bel exemple.

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Une famille (un couple et leurs quatre filles) s’installe dans une vieille maison isolée, dans laquelle se produisent d’inquiétants phénomènes. Ayant eu vent des interventions du couple Warren, spécialisé dans les sortilèges de toute sorte (et dont les travaux sont présentés dans une introduction parfaitement inquiétante), ils s’adressent à lui pour les libérer de ces problèmes. La maison est hantée ; mieux (ou pire), les événements terrifiants – satanisme et blasphèmes, infanticide, suicide – s’y sont accumulés au fil des siècles. Respectant avec beaucoup de maîtrise la montée de la tension, James Wan s’amuse à faire naître l’épouvante dans les petites choses du quotidien. Il y a les portes qui grincent, une cave pleine de vieilleries, des objets inquiétants que les enfants s’approprient (comme cette boîte à musique, trouvée sous un arbre de pendue, assortie d’un miroir dans lequel la plus jeune des enfants voit un nouvel ami…). Il y a aussi ce jeu apprécié des filles, « hide and clap », colin-maillard où celle qui a les yeux bandés peut demander trois fois à celles cachées de frapper dans leurs mains en guise d’indice. Les mauvais esprits s’en empareront, provoquant la terreur des personnages et du spectateur.

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Mais cette terreur n’est jamais complètement écrasante. Car intervient le couple Warren, qui à la fois rationnalise les événements en y trouvant une explication scientifique (les événements passés, les objectifs de ces esprits) et rassure par sa présence, notamment grâce à un arsenal technique très précis destiné à enregistrer toute manifestation surnaturelle. L’horreur reste ainsi toujours supportable, évitant l’overdose d’effets, et sachant parfaitement gérer l’équilibre entre la surprise et la suggestion. C’est aussi le grand plaisir du film, qui sait parfaitement se reposer sur l’imagination du spectateur. Quand l’une des filles se réveille terrifiée parce que quelqu’un l’a tirée par les chevilles (vision vraiment inquiétante), elle est seule à voir une présence alors que sa famille croit à un cauchemar – le spectateur, quant à lui, sait sans rien voir que la présence du mauvais esprit est réelle. Le dispositif culmine avec la possession par l’esprit de l’un des personnages, la menace devenant alors physique, réelle. Si la séquence finale d’exorcisme n’est pas la plus réussie, elle préserve sa part d’invisible et de mystère ; ainsi, la victime possédée est longtemps cachée sous un drap, évitant de donner un visage à l’horreur. Le visage ne sera visible que lors de la lutte contre cet esprit, suggérant que, peut-être, la seule folie pourrait expliquer la transformation physique.

Conjuring de James Wan - Patrick Wilson

Ce cinéma consiste à mettre l’intelligence de ses créateurs au service du premier degré. Pour le spectateur, c’est de plaisir qu’il s’agit : plaisir d’être emporté dans une histoire, d’être pris au piège de la terreur, de s’abandonner à la peur du noir et des vieilles maisons ; un plaisir simple, pur, pas forcément voué à la postérité, mais perpétuant la tradition du divertissement de qualité. Le refus de la surenchère donne au film le dosage parfait, n’oubliant jamais son histoire et ses personnages. L’objectif n’est pas de réaliser des chefs-d’œuvre mais de se prendre assez au sérieux pour ne pas tomber dans le potache ou le n’importe quoi informe. Cet objectif est atteint, et donne envie de retourner voir, de se prêter encore une fois au jeu. Et de suivre cette voix sortie d’outre-tombe, qui chuchote : « Wanna play hide and clap? »…

Conjuring- Lili Taylor

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