A l’ancienne

Paper Moon, de Peter Bogdanovich

Réalisé en 1973, Paper Moon est truffé de références au cinéma d’ « avant » : avant le nouvel Hollywood, avant le déclin des studios, avant la disparition des réalisateurs qui avaient débarqué dans les années 10 à Los Angeles et créé la machine à rêves à partir de rien. Dans une Amérique de la grande dépression en noir et blanc qui renvoie aux Raisins de la colère de John Ford, un arnaqueur aux airs d’Errol Flynn (Ryan O’Neil) se retrouve avec une orpheline de neuf ans dans les pattes, à la façon du Kid de Chaplin – à chacun de compléter la liste. Mais on peut tout à fait se passer de reconnaître tel ou tel clin d’œil pour apprécier à sa juste valeur ce road-trip aux personnages attachants, à la fois drôle et touchant, et sachant toujours trouver l’équilibre entre humour et émotion. Car le véritable intérêt de Paper Moon (Barbe à papa en version française), c’est que cette avalanche de références n’est pas de la part du réalisateur un étalage de ses connaissances, mais un partage de sa passion.

Paper Moon

C’est à l’enterrement de la mère d’Addie, morte dans un accident de voiture, que débarque Moses, se présentant comme un ancien ami (et accessoirement amant) de la défunte. Addie ayant de la famille dans le Missouri, où se rend Moses, la solution est toute trouvée : elle voyagera avec lui. Prêt à tirer profit de la situation, l’escroc fait chanter le responsable de l’accident, sans se douter que la petite fille va considérer que l’argent ainsi gagné doit lui revenir… Après quelques premiers essais fructueux, le duo improbable décide de s’associer et devient spécialiste de l’arnaque, jouant sur les bons sentiments pour flouer ses victimes. Entre eux, c’est un réjouissant jeu du chat et de la souris, à faire semblant qu’ils sont alliés par intérêt et non parce qu’ils s’apprécient. La question de savoir si Moses est le père d’Addie est régulièrement évoquée sans jamais devenir un enjeu trop important pour l’un ou pour l’autre. L’essentiel est de continuer l’aventure, ensemble.

Paper moon - Tatum & Ryan O'Neil

Le véritable hommage que Bogdanovich rend à ses aînés, c’est un goût pour la réalisation précise, sobre, là où, au même moment, d’autres jeunes réalisateurs américains multiplient les essais formels (Scorcese, Coppola, Kubrick, George Roy Hill… La liste est encore longue). Il propose, en 1973, un classicisme quasi anachronique – Raoul Walsh ou Billy Wilder, plus nostalgiques qu’objectifs, reconnaîtront d’ailleurs en lui le seul digne héritier de la grande époque hollywoodienne, alors que la nouvelle génération ne les convainc pas. De fait, Paper Moon est un très beau film, touchant sans être larmoyant, marquant sans être spectaculaire, drôle, émouvant, divertissant – en somme, un film à l’ancienne.

Paper Moon - Tatum O'Neil

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