La sincérité dans le chaos

Nicolas Cage_

« Ils ont kidnappé sa fille, il a 12 heures pour trouver 10 millions de $ ». Le dernier film de Nicolas Cage, sorti en salles cet été : un sacré programme. Un regard rapide et à peine sélectif sur sa filmographie nous remémore sans peine sa fabuleuse collection de navets, qui n’ont même pas la chance de pouvoir figurer dans la catégorie « nanar » : des collaborations régulières avec un Joel Schumacher des grands jours (8mm, 60 secondes chrono) ; des comédies romantiques navrantes (La Cité des anges où il donne la réplique à Meg « guimauve » Ryan, La Mandoline du capitaine Corelli) ; un peu plus récemment, le dyptique Ghost Rider… Et voilà 12 heures, qui nous a rappelé que le garçon ne perdait pas la main. Le malaise provoqué par ces titres et plusieurs autres pourrait masquer la valeur de l’acteur, et la qualité des films qui lui survivront. Tentons un survol approximatif et non chronologique, soyons prêts à débusquer les perles.

GHOST RIDER

Il y a d’abord les honnêtes films d’action, qui sans laisser de traces indélébiles, font partie des bons produits hollywoodiens, efficaces. Peut-être est-ce sa capacité à se fondre dans les grosses machines qui lui a permis de trouver la place parfaite chez des auteurs pas toujours extrêmement inspirés. En gros blockbuster, Rock, de Michael Bay, était un divertissement assez sympathique, bien porté par le duo avec Sean Connery ; cousu de fil blanc mais assez malin pour ne pas ennuyer, le scénario proposait un plaisir coupable parfait pour un samedi soir. Pour John Woo, qui n’a pas duré à Hollywood, il crevait l’écran dans Volte-face, où John Travolta était lui-même à son meilleur ou presque. Et avec Brian de Palma, il enchantait Snake eyes, alors que le réalisateur commençait à perdre le fil de sa carrière. Auto-dérision, apparente légèreté, sincère conviction dans le jeu ? Au service d’un bon divertissement, il sait révéler ses qualités.

nicolas-cage volte-face

Que se passe-t-il alors dans un très bon film, voire un grand film ? Il se passe, déjà, Peggy Sue s’est mariée. Pas besoin d’un oncle à la réalisation pour justifier a posteriori sa présence : ado dans un corps d’adulte, il trimbale sa figure hébétée dans les couloirs d’un lycée, avec un air qui finit de faire illusion. L’incarnation parfaite pour un de ces délires temporels dont Coppola a le secret. Complètement farfelu, très attachant, le film se repose avec tranquillité sur ses acteurs, qui y sont comme des poissons dans l’eau. Il se passe aussi Leaving Las Vegas, chute inexorable et absolue d’un homme dans l’alcool, sortie de vie violente adoucie par sa rencontre avec une prostituée (incarnée par Elizabeth Shue). Les deux personnages y transforment leurs solitudes en refuge, et si aucune autre issue que la mort n’est possible, elle n’y est plus solitaire.

Enfin, plus récemment, entre le drame et la comédie, c’est Werner Herzog qui s’empare de l’acteur protéiforme pour un remake de Bad Lieutenant. La plongée sans fond est traversée d’éclats baroques, et se clôt sur un épilogue à l’optimisme quasi malsain. C’est dire si Nicolas Cage s’en donne à cœur joie : en roue libre, il incarne un inspecteur de police gavé de médicaments qui ne maîtrise plus rien mais sur qui le chaos ne semble pas avoir de prises. C’est son domaine de prédilection : si ce qui l’entoure est trop figé, trop net, trop juste, il ne fera plus l’affaire. Il lui faut de l’incertitude, de l’absurde, du surréalisme fou pour exprimer son talent. Faites bouger les lignes, bousculez la raison, Cage est l’homme de la situation.

Bad lieutenant Nicolas Cage

Et au sommet de sa filmographie, il y a un réalisateur presque plus fou que Herzog, un scénario plus fantasque que chez Coppola et une galerie de personnages secondaires plus grotesques que chez Schumacher. Sailor et Lula, de David Lynch, est un road trip parsemé de sorcières, de présages, de fous. C’est aussi une somme de références populaire comme Lynch les aime : le rock’n’roll y est un mode de vie, les vestes sont des symboles de libertés et Elvis est Dieu. Fable malsaine, effrayante, sorte de conte pour adulte, le film est transcendé par le duo Nicolas Cage/Laura Dern. Le couple est embarqué dans une passion écrasant tout sur son passage, écartant tous les obstacles dressés sur sa route. Dans un récit quasi mythologique, la clef est l’interprétation hors-norme, forcée, presque irréelle des acteurs.

Beaucoup envieront certainement la carrière de Nicolas Cage ; non parce qu’il a pu mieux réussir que les autres, mais parce que malgré tous ses écarts (dont le nombre donnerait même l’impression que ses écarts sont des bons films au milieu des navets), on se souviendra toujours de lui à son meilleur. Le reste n’a aucun intérêt, il suffit de l’ignorer – encore que, sa seule présence donne envie d’en regarder des morceaux, juste pour le plaisir.

Nicolas Cage Sailor et lula David Lynch

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Une réflexion sur “La sincérité dans le chaos

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