Les franchises de super-héros : la série télé au ciné

Il y a quelques mois, le monde apprenait, effaré, que Ben Affleck serait le nouveau Batman. A bien y réfléchir, le plus surprenant dans cette annonce n’était pas tant le choix de casting (on se souvient que Tim Burton avait trouvé en Michael Keaton une incarnation qu’on n’imaginerait jamais sous un costume de super-héros, et qui montrait en plus au public français le côté sombre de Julien Lepers). Ben Affleck semblait tout désigné pour incarner un individu dont on ne soupçonnera jamais la double existence derrière l’absence de charisme. Non, le plus surprenant, c’est qu’il y ait un nouveau Batman. La franchise, reprise en 2005 par Christopher Nolan avec le succès que l’on sait, a donc déjà un successeur. Nolan avait su créer un univers démarqué de celui de Tim Burton (saccagé entre-temps par Joël Schumacher) ; que cela plaise ou non, il avait su mettre sa patte sur le projet. On se demande désormais ce que va donner ce futur film, mais l’expérience peut nous inquiéter : le nouveau Spiderman interprété par Andrew – Social network – Garfield, sorti cinq ans seulement après le Spiderman 3 de Sam Raimi, était un exemple terrifiant de manque d’inspiration. On raconte la même histoire, mais en moins bien. L’épisode 2 arrive dans quelques mois, ça sera peut-être encore moins bien. Nous trépignons d’impatience.

Batman George Clooney

Quand Clooney passait à la postérité

Hollywood s’est fait une spécialité des reprises, reboots, suites, préquels, séquels… Histoire de presser un maximum le potentiel d’un concept à succès, jusqu’à la nausée. Cela marche d’ailleurs aussi avec des échecs ou des marques devenues ringardes, que l’on confie alors à un réalisateur à la mode : Zack Snyder réalise Man of steel après l’énorme plantage de Superman returns ; J.J. Abrams redonne vie à Star Trek, désormais vintage. Les concepts qui marchent sont usés jusqu’à la corde, même si tout a été plus ou moins raconté : l’exemple de X-men, qui après sa trilogie, fait des prequels (Le Commencement), des sequels (Wolverine), puis des suites de tout ça, est éloquent. L’idée, c’est de fidéliser, de faire revenir un spectateur qui sait qu’il aura ses repères, ses habitudes, et qu’il n’y aura pas à trop s’embarrasser de mettre en place un univers, un décor, des personnages. Tout est déjà prêt. Ayant su s’inspirer du passé et consciente du potentiel commercial d’un tel concept, une marque a proposé un nouveau modèle, qui envahit régulièrement nos écrans et qui s’apparente à une sorte de série du cinéma : The Avengers.

Oui, ils sont beaucoup sur la photo

Ci-dessus, déjà huit films.

C’est un cas unique de films interconnectés, dont la production a été pensée globalement à l’avance, comme une somme d’épisodes qui se complètent et se recoupent sans être indispensables les uns aux autres. A l’inverse de Wolverine, par exemple, pensé et produit après le succès des X-men. Là, tout nous arrive de front : Iron Man, Thor, Captain America… Si chaque super-héros n’a pas encore son film, il semble que ce n’est qu’une question de temps. Et tous se retrouvent dans le film Avengers, premier climax de cette collection géante, énorme, prête à attirer des millions de spectateurs allant voir comme une routine chaque nouvel épisode. C’est véritablement la série télévisée dans un format cinéma : le cadre est là, les personnages sont là, ne reste que l’histoire à articuler ; les films sont simplement plus indépendants les uns des autres que les épisodes d’une série TV.

L'ennui gagne même au coeur des films

Quand la lassitude gagne même les héros

Le problème, c’est que plutôt que de s’appuyer sur cette chance pour rendre plus riche leur univers et leurs personnages, chaque épisode préfère se contenter de multiplier les péripéties, les drames, et le spectacle, sans plus s’intéresser au sens de l’histoire et à son rythme. Le fait de ne pas avoir à poser de décor dessert les films ; il devient presque impossible de s’attacher à qui que ce soit tant la surenchère de bazar et la multiplication des private jokes rend l’ensemble informe et fade. Iron Man, qui partait sur de mauvaises bases, plonge de suite en suite dans l’anodin en s’appuyant exclusivement sur les clins d’œil de son interprète principal. Thor, dont le premier film était bancal, un peu raté mais justement sympathique dans ces faiblesses, vient de nous proposer un deuxième épisode sans intérêt, dont on ne retient qu’une belle idée de passages anarchique entre les mondes – idée par ailleurs volée à Monstres et compagnie. Il ne reste pas grand chose. Sauf, comme toujours, un élément narratif qui servira un prochain film. Lequel ? Cela commence à ne plus avoir vraiment d’importance.

Quand même les héros finissent par préférer un bon bouquin

Quand même les personnages finissent par préférer un bon bouquin

Car à tant s’inspirer du format télévisuel, la franchise n’incite plus à se déplacer. Des films de super-héros, il y en a régulièrement sur la TNT. Bientôt, de toute façon, on ne sera plus capable de différencier quel Batman est quel reboot, quel Avengers est sorti avant quel Iron Man. Une grande bouillie informe, dont seuls quelques geeks sauront savourer les variations. Manque alors la rareté, l’aspect privilégié aussi du connaisseur, puisque tout est à la portée de tout le monde en permanence, sans passion. Pas sûr que, de cette génération, on voie apparaître dans vingt ans un nouveau J.J. Abrams.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s