Sous le vernis, un chef-d’oeuvre

Brigadoon, de Vincente Minelli_

Vincente Minelli est un réalisateur atypique, qui a marqué l’histoire du 7ème art avec des films variés dont la principale constance était une sincérité et un amour communicatif du cinéma. Pas dépourvue de ratages, sa filmographie recèle aussi de vrais chefs-d’œuvre ; et s’il s’est essayé avec succès à beaucoup de genres, il s’est entre autres illustré dans la comédie musicale. Il projette un Paris fantasmé de tableaux de peintres dans les ballets oniriques d’Un Américain à Paris, en 1951. Il offre l’un de ses meilleurs rôles à Fred Astaire avec Tous en scène ! en 1953. Et l’année suivante, il permet à Gene – Singin’ in the rain – Kelly de livrer sa plus belle partition. Car si son film le plus célèbre a été réalisé par Stanley Donen, c’est dans un film autrement plus ambitieux et autrement plus beau que l’acteur/danseur est au sommet : l’improbable, l’inexplicable, le fabuleux Brigadoon. Brigadoon Minelli Brigadoon a tout pour faire peur : Technicolor flashy, numéros de claquettes à gogo, représentation caricaturale de la campagne écossaise, et costumes du 18ème siècle. Une histoire de conte de fée : celle d’un village qui ne se réveille qu’un jour par siècle, pour préserver la tranquillité et l’innocence de ses habitants contre les agressions du progrès. Ce fameux jour, deux chasseurs en vacances (Gene Kelly donc, et l’inénarrable Van Johnson) s’égarent dans les highlands. Et arrivent au milieu de ce monde anachronique, image d’Epinal de la vie champêtre, faite de marchés débordants de produits frais, de bière fraîche, de chèvres paisibles, de bonne humeur et de jolies paysannes. Parmi elles, Cyd Charisse : le coup de foudre avec Gene Kelly est immédiat. Oui, au-delà de tous ses attraits inquiétants (les couleurs, les claquettes, les costumes…), le film propose aussi un scénario capable de décourager un spectateur téméraire. Brigadoon - Gene Kelly & Cyd Charisse Pourtant, c’est un véritable chef-d’œuvre. Pourquoi, comment ? Déjà, il y a cet amour du cinéma qui transpire dans cette histoire, cette croyance en la féérie des images et des contes. Brigadoon nous invite à un voyage, il ne s’agit que de se laisser porter. Tout cynisme est banni, ne reste que l’enchantement. L’apparition du village en devient magique ; ses rues, ses habitants, sont le décor d’un rêve que feraient les chasseurs endormis… Minelli crée un univers volontairement artificiel, surréaliste, pour mieux ignorer la raison et laisser libre court à sa fantaisie. La plus belle scène du film est celle où Gene Kelly, qui vient d’aller cueillir en dansant de la bruyère avec Cyd Charisse, raconte à son ami ce qu’il vient de vivre : il reproduit alors les mouvements, les pas de danse, qu’il faisait avec elle, laissant le soin à Van Johnson d’imaginer le duo. Brigadoon est en fait simplement un grand film romantique. Brigadoon Gene Kelly & Van Johnson Ce qui le différencie des autres comédies musicales, c’est que son univers est parfaitement adapté au genre. Sans qu’il s’agisse d’une troupe répétant une pièce ou d’acteurs voulant faire un film, les passages dansés s’intègrent à merveille dans le récit. Dans un cadre aussi improbable, la rupture de ton n’existe pas. Jamais la forme et le fond n’auront paru aussi bien s’accorder : il faut voir la surprise et l’œil entendu des deux amis quand, à peine arrivés dans le village, ils voient leurs hôtes commencer leur numéro de claquettes… Les personnages sont comme nous : quitte à n’en pas croire ses yeux, autant se laisser emporter dans ce rêve improbable. Tout nous ramène à ce plaisir d’enfant, sans pourtant jamais verser dans la guimauve ou le kitsch. Car s’il se laisse embarquer dans la fantaisie, Minelli ne perd jamais sa finesse ; son film n’est que pure poésie. Brigadoon - Gene Kelly & Cyd Charisse 2 Il faut sans doute dépasser certaines appréhensions pour pouvoir profiter pleinement du plaisir que procure Brigadoon. Le jeu en vaut la chandelle : c’est la plus belle comédie musicale jamais produite au cinéma. Et, encore une fois, un chef-d’œuvre. Je vois des sourcils froncés, des sourires moqueurs… Dommage pour ceux qui n’y croient pas ; ce scepticisme vous fera passer à côté d’une œuvre magnifique et unique qui sublime, à sa façon, le potentiel du 7ème art.

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