Troublantes Rencontres, belle aventure

Dans une année où de jeunes réalisateurs français font des choses un peu fofolles avec leurs premiers longs-métrages, un nouveau phénomène a débarqué : après la comédie absurde, la chronique familiale et le road-movie étudiant mythologique, voici Yann Gonzalez et son huis-clos sensuel, Les Rencontres d’après-minuit. De tous, c’est de loin le plus improbable, comme l’annonce son pitch, à la fois bref et mystérieux : « Au cœur de la nuit, un jeune couple et leur gouvernante travestie préparent une orgie. Sont attendus La Chienne, La Star, L’Etalon et L’Adolescent ». De tous, c’est aussi la proposition la plus complexe, la plus déroutante, et au-delà de quelques faiblesses, c’est de loin la plus ambitieuse.

Rencontres d'après minuit niels schneider-kate moran-nicolas maury

Formellement, le film a des airs empruntés voire snob : il se délecte du kitsch de son atmosphère porno-chic ; il s’amuse à provoquer le bon goût avec la trivialité de certains dialogues ; il joue le registre arty avec la présence d’Eric – L’Etalon – Cantona, qui se retrouve au cœur de scènes mi provocantes, mi cocasses ; enfin, il est saturé de tous côtés par une musique en forme de remake de Jean-Michel Jarre camouflé par la technologie moderne. Mais toute cette provocation n’est pas là pour dissimuler la vacuité du propos. Au contraire ; plus le film avance, plus il prend forme, et plus il semble que Yann Gonzalez préfère au contraire jouer le registre kitsch pour pouvoir rester léger au moment de la tragédie. Le film balance constamment entre la légèreté et le drame, embrassant l’un et l’autre avec une absence de retenue déroutante, mais justement d’autant plus frappante.

Les rencontres d'après minuit Yann Gonzales katemoran

La première séquence est une sorte de cauchemar sur papier glacé, faite de fumées artificielles, de motos chromées et de combinaisons de cuir ; mais surtout faite d’un déchirement, celle d’Orphée qui se retourne trop tôt. Ce rêve en appellera d’autres : dans ces Rencontres, chacun a son histoire, son secret, ses hontes, et l’orgie annoncée se transforme en une grande catharsis empreinte de sensualité, mais avant tout habillée de mélancolie quand il ne s’agit pas de tristesse. Car ce que tous viennent partager, derrière les projections lubriques (notamment de la Chienne et de la gouvernante – incroyable Nicolas Maury), et derrière les discussions autour du sexe de l’Etalon, c’est leur solitude. Chacun, donc, part dans son monologue, retardant les ébats, parfois au grand désespoir de certains intéressés – projection de spectateurs alléchés par le programme annoncé, peut-être… Nouvelle facétie d’un réalisateur qui semble jouer avec cette attente.

Rencontres d'après minuit jean-christophe bouvet-eric cantona

Car Yann Gonzalez est joueur ; la partouze ne l’intéresse pas en elle-même, et satisfaire le spectateur l’intéresse encore moins. D’ailleurs, quand le film embrasse définitivement la mythologie, l’orgie n’a plus de sens ; quand on y revient, c’est dans une douleur, c’est pour combler l’absence et se réconforter un peu avant de repartir affronter seul l’hostilité du dehors. La solitude, la recherche de chaleur humaine a pris corps sous nos yeux, l’air de rien. Et Gonzalez, en grand romantique, n’a organisé cette nuit que pour y transmettre une vision de l’amour qui semble presque naïve par rapport au programme annoncé. Attention, il n’y a là rien de péjoratif ; le film est loin d’être niais. Mais on sent que derrière la caméra, un réalisateur pudique a saturé l’espace (décors aux allures sophistiquées, dialogues parfois sur-écrits, trivialité exagérée et musique assourdissante) pour dissimuler tout ce qu’il veut nous dire.

les_rencontres_d_apres_minuit_ Nicolas Maury

On craignait l’arrogance et la vanité, on se retrouve avec l’innocence et l’incertitude ; on redoutait la vacuité, on se retrouve avec la grandeur de la mythologie. Qu’importent les maladresses : Les Rencontres d’après minuit est l’œuvre de jeunesse de quelqu’un qui ne prend au sérieux que ce qui a vraiment du sens pour lui ; les apparats lui servent de médium. Cette approche est une bien belle idée du cinéma.

Les rencontres d'après minuit niels schneider-kate moran

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s