Reprises de novembre

Les amateurs de vieux classiques ou de raretés qui aiment en profiter sur grand écran sont gâtés cette semaine : trois films d’horizons très divers sont ressortis dans les salles. Trois pays, trois décennies, trois styles : cette semaine, il y en a pour tous les goûts.

La Bête humaine, de Jean Renoir (1938)

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L’adaptation de Zola, la deuxième du réalisateur après Nana au temps du muet, est l’un des plus beaux films de son auteur si ce n’est le plus beau. Ici, peu de place pour la légèreté, pas d’Oscar à la Règle du jeu pour teinter d’humour triste le fond du drame. Lantier, le cheminot aux pulsions meurtrières, rencontre Séverine, la belle manipulatrice, incarnée par Simone Simon, future Féline parfaite en femme fatale qui le cache bien. Face à elle, Jean Gabin tient peut-être le meilleur rôle de sa carrière (exit La Grande illusion ou encore Quai des brumes). Dans une interview réalisée quelques années plus tard, Renoir lui-même expliquait tout le bien qu’il pensait de son propre film, et comment l’équipe était parvenu à ce bon résultat. On a du mal à l’en blâmer ; il s’agit moins d’orgueil que d’absence de fausse modestie devant un tel chef-d’œuvre.

 

Le Salon de musique, de Satyajit Ray (Inde, 1958)

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Quand un aristocrate ruiné cherche à perpétuer les traditions contre les mauvaises manières de son voisin nouveau riche, le symbole de la rivalité sera le prestige des soirées données dans les demeures respectives. Au centre, bien sûr, les concerts, où les interprètes les plus réputés et les plus chers sont conviés. Rythmé d’un bout à l’autre par les sons des cithares et des percussions, ce récit d’un monde qui s’effondre avec la dignité de son rang est magnifique : le lugubre y est toujours dépassé par la poésie. Car la chute inexorable de cette famille, inadaptée à la modernité, prend fin dans un style qui lui rend hommage : elle laisse derrière elle le souvenir que ces aristocrates savaient tirer leur révérence avec classe.

Les petites marguerites, de Věra Chytilová (Tchéquoslovaquie, 1966)

les petites margueritesLa décadence : c’est le nouveau mot d’ordre de ces deux sœurs, qui en ont assez, et qui décident de vivre selon leur bon vouloir, en s’efforçant de ne respecter aucune convenance. Nous les suivons dans des saynètes absurdes, menant un train de vie informe, déglingué, avec pour unique objectif d’aller toujours plus loin. Cette quête insensée et suicidaire est mise en scène de façon spectaculairement psychédélique : les rires et les dialogues partent dans tous les sens, les couleurs inondent l’écran, le montage n’en fait qu’à sa tête. Mais toute cette folie n’est pas innocente : quand on détruit le banquet et qu’il s’agit de reconstruire, il ne reste que des nappes sales, des assiettes cassées, du verre brisé et des plats piétinés. La liberté formelle époustouflante dissimule, discrètement, une lucidité et une complexité du propos.

S’il ne devait rester qu’une image ? Serait-ce le combat perdu d’avance de la jeune amoureuse de Lantier devant le désespoir du cheminot, trop conscient du drame qui s’annonce ? La musique qui hante les murs du salon même quand personne n’y joue ? Ou la tentative de suicide au gaz qui échoue car la marguerite a oublié de fermer la fenêtre ? Quand on vous disait qu’il y en avait pour tous les goûts…

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