Coup de gueule

L’Amour est un crime parfait, de Jean-Marie et Arnaud Larrieu_

Le dernier film des frères Larrieu est parfois sympathique, parfois ennuyeux, toujours anecdotique. Jusqu’ici, pas de quoi se mettre en colère. Ce sont des choses qui arrivent et ils ne sont pas les seuls. Pourtant, il y a dans L’Amour est un crime parfait de véritables raisons de se fâcher. Alors on se fâche.

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Rappelons le contexte : ce thriller un peu surréaliste, qui a pour centre une université luxueuse, met en scène un charmant professeur de littérature (Amalric) qui use et abuse de ses charmes avec ses étudiantes. Un matin, sa compagne de la veille a passé l’arme à gauche. Comment ? Il n’en sait rien. Il s’empresse de dissimuler l’événement, notamment à sa sœur (Karin Viard), bibliothécaire à la faculté (et avec laquelle il partage un magnifique chalet) et qui ne laisse pas insensible le responsable de leur département (Denis Podalydès) – ce dernier organisant de temps à autre des cocktails très chics dans sa grande et moderne maison. L’étudiante disparue, sa jeune belle-mère (Maïwenn) débarque sur le campus à sa recherche et charme le professeur qui cherche désormais à repousser les avances d’une de ses élèves (Sara Forestier). Dont le père mafieux vit dans une somptueuse demeure.

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Alors pourquoi la colère ? On commencera déjà par s’énerver de l’absence quasi totale d’imagination de réalisateurs jadis autrement plus inspirés. Alors qu’au démarrage, ce cadre fastueux intrigue, et que les cours de littérature nous amusent par leur suffisance et leur vacuité, on se rend petit à petit compte que cette profusion de moyens et cette sophistication n’ont aucune autre fonction que de nous en mettre plein les yeux. Le ton absurde de certains dialogues n’est qu’apparat, ressemblant à une tentative de comédie cultivée qui se regarde le nombril. Le film avançant, on réalise un peu surpris que cette ambiance décalée et un peu irréelle n’a aucune fonction narrative. Ce sera juste assez beau pour faire plaisir aux futurs téléspectateurs inattentifs. Pourtant, les Larrieu avaient montré avec brio qu’ils avaient du souffle et du talent, et qu’ils savaient utiliser de grands moyens à bon escient. Les Derniers jours du monde était un véritable voyage, avec un univers surprenant, une histoire ambitieuse et certaines séquences époustouflantes. Ici, plus rien. Un scénario mi mystérieux mi poseur, ersatz de téléfilm à suspense, se déroule sans passion. Esseulée, une dernière séquence prometteuse nous fait regretter ce gâchis : pourquoi une telle désinvolture ?

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Au-delà de la déception d’un talent bazardé, notre colère est justifiée par les conditions de production dont a profité le film. Avec son casting qui empile les têtes archi-connues, et dans des décors indécents, les réalisateurs en oublient presque de filmer la montagne qui est pourtant la plus belle chose qu’ils trouvent devant leur caméra. C’est aberrant et à la fois significatif du glissement qui s’est opéré chez eux : libérés de certaines contraintes, ils n’ont plus que l’énergie de diriger vaguement un scénario moyen depuis un confortable fauteuil. Quand on voit un tel étalage de richesse pour une telle absence d’ambition, on a bien envie de réformer la chaîne de financement du cinéma français.  En 2013, Justine Triet filme clandestinement au cœur de la foule et donne ainsi une belle ampleur à son film, Hubert Viel se  met astucieusement en scène en narrateur pour combler les passages qu’il n’a pas pu filmer ; quant à Yann Gonzalez, désireux de plonger le spectateur dans un cadre irréaliste, il transcende son manque de moyens en jouant sur le minimalisme absolu des décors. C’est désormais trop demander aux Larrieu, autrefois francs-tireurs, que d’avoir cette inventivité, puisqu’ils peuvent se payer ce qu’ils veulent.

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Embourgeoisés, ils représentent une catégorie peu recommandable, celle des films chers sans ambition artistique, mais qui se croient plus intelligents que le divertissement bas-de-gamme. Mais ils ne trompent pas grand-monde : il n’y a là rien d’un « film du milieu » ni d’un « cinéma d’auteur populaire », il n’y a qu’un opportunisme qui absorbe comme un gouffre les financements grâce au nom des auteurs et au casting. C’est rageant quand on voit qui se bouscule derrière avec de belles idées et une envie de faire des vraies belles œuvres personnelles mais qui peine à rassembler les moyens nécessaires. Une fois la colère retombée, on saura se consoler en se souvenant que ce film-là sera dans trois mois aux oubliettes, alors que la jeune garde tracera sa route sans même l’avoir aperçu.

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