Nostalgies de jeunesse

2 automnes 3 hivers, de Sébastien Betbeder_

Je sens le beat qui monte en moi et Le Quepa sur la vilni, de Yann Le Quellec_

On n’arrête plus la jeune garde française, à l’insatiable curiosité et aux tentatives fortes mais légères. Deux noms sont venus s’ajouter à la liste des francs-tireurs hexagonaux, qui n’ont pas l’ambition de révolutionner le système mais celle, sans doute plus heureuse, de faire les choses comme ils l’entendent.

2-automnes-3-hivers 2

Sorti fin 2013, 2 automnes 3 hivers raconte la rencontre d’Armand et Amélie et leur histoire, belle et triste. Le film utilise un dispositif très risqué : les personnages parlent régulièrement d’eux-mêmes en voix off, ou en face caméra, parfois même au beau milieu d’une scène. Ça pourrait devenir insupportable, maladroit ou gratuit, mais le réalisateur Sébastien Betbeder sait parfaitement doser son affaire pour qu’on ne remarque plus rien au bout de cinq minutes. Et au fil du film cette introspection devient source de gags, de jolis moments, voire de belles émotions. Betbeder raconte le passage à l’âge adulte d’une génération de trentenaires qui abandonne certaines illusions pour quelque chose de plus triste peut-être, mais aussi de plus serein. Il s’en dégage une grande mélancolie, celle des jours pâles et des nuits qui tombent tôt ; mais justement, les personnages trouvent ça beau. La romance d’Amélie et Armand, d’abord si touchante dans sa naïveté, n’est pas finalement un idéal de conte de fées, mais cela ne l’empêche pas d’être belle.

je-sens-le-beat-qui-monte-en-moi

Sorti cette semaine, le diptyque de Yann Le Quellec est lui tourné vers le burlesque et le fantaisiste. On pense un peu à La Fille du 14 juillet, mais là où ce dernier multipliait les saillies et les surprises, Je sens le beat qui monte en moi et Le Quepa sur la vilni sont chacun dans leur univers d’une grande cohérence. Les idées de départ sont absurdes et poétiques ; et s’il s’égare par moments dans le burlesque, le réalisateur parvient à ne jamais perdre le spectateur malgré des tentatives parfois très étonnantes. Dans Je sens le beat, une guide touristique est incapable de se retenir de danser quand elle entend de la musique, une maladie qu’elle voudrait cacher à son collègue chauffeur de bus mais qui leur permettra finalement de se rapprocher. Dans Le Quepa sur la vilni, le maire d’un village joué par Christophe décide de ressusciter le cinéma disparu, et prévoit une campagne commerciale surprenante : l’ancien facteur (Bernard Menez) guidera un convoi qui portera sur son dos le titre du film diffusé pour l’inauguration, Panique sur la ville, et qui déambulera à travers la campagne, au gré des rencontres et des envies des jeunes cyclistes recrutés pour l’occasion. Comme l’indique le titre, tout ça finit dans un joyeux désordre.

le-quepa-sur-la-vilni

Trois films, trois tons : la poésie à la Pierre Etaix de Je sens le beat, la mélancolie douce et omniprésente de 2 automnes, 3 hivers, et la nostalgie par l’absurde du Quepa sur la vilni. Ou encore le rêve d’une rencontre hors-normes, son inscription dans la grisaille du quotidien, et le souvenir lointain des beaux jours révolus. Le panneau lumineux « cinéma » qui s’éclaire sous les acclamations des habitants alors que démarrent Les Paradis perdus de Christophe et que le facteur regarde les jeunes délaisser leur mission et s’ébattre dans un étang, c’est la conscience que tout ça est déjà derrière nous, l’a même toujours été, mais que nous faisions tout pour l’oublier. Mais c’est aussi l’envie de se dire qu’on a quand même le droit d’y revenir, comme dans un jardin secret, et de croire qu’on pourra rouvrir un cinéma dans un village perdu.

Le-quepa-sur-la-Vilni-!

Quel serait le point commun de tous ces jeunes réalisateurs ? Rien à voir avec une envie d’en découdre, de prouver aux vieilles générations que la relève va prendre leur place et changer les choses. Non, c’est simplement que ce sont tous de grands romantiques. Et qu’ils partagent fort joliment leurs vagues-à-l’âme.

2-automnes-3-hivers_portrait

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s