Sourires en cascade

Sourires d’une nuit d’été, d’Ingmar Bergman

La rétrospective d’un cinéaste, ce peut être le moment de revoir des films qu’on aurait oubliés. C’est l’opportunité de séances de rattrapages pour les incontournables qu’on n’aurait pas encore vus. Mais c’est également le grand plaisir de se laisser entraîner par hasard dans les programmes et d’y découvrir des trésors cachés. Par exemple, on peut en ce moment avoir la preuve qu’Ingmar Bergman s’épanouit dans le marivaudage, certes à sa façon, mais avec une rafraîchissante légèreté : à des lieues de Persona ou du Septième sceau (par exemple), Sourires d’une nuit d’été nous invite à un ballet rappelant aussi bien les univers de Lubitsch et de Guitry que le feu d’artifice de La Règle du jeu.

sourires-d-une-nuit-d-ete-1955 2Tous les ingrédients du vaudeville sont réunis : des personnages frivoles, des épouses et des maîtresses, le retour d’un amour oublié. Et chacun joue son rôle : les hommes luttent pour leur honneur, les femmes ont le goût des intrigues. Bergman semble s’y plaire, déclinant le triangle amoureux dans un entrelacs de six personnages et multipliant ainsi les combinaisons possibles. Voyez plutôt : un veuf, qui s’est remarié avec une femme ayant l’âge de son fils, retrouve par hasard un ancien amour, une actrice qui a pour amant un comte dont la femme est amie avec la femme du premier… Précisons que le fils, partagé entre la vertu religieuse et l’éveil de ses sens, cultive ses remords en badinant avec la servante sous l’œil bienveillant de son père ; et que le comte, au sens de l’honneur grotesque et majestueux, compte les duels qui ont vu tomber les amants de ses maîtresses. Le décor est planté, ne reste plus qu’à en profiter, blagues potaches et petites idioties à l’appui.

C’est au cours d’un dîner teinté de mysticisme que ce petit monde est entraîné dans une valse faite de défis et de paris… Et qui va faire exploser les couples pour mieux les faire atterrir sur leurs pieds. Version intime de la fête de La Règle du jeu, cette soirée exacerbe les incertitudes et redistribue les cartes, pour que chacun finisse par trouver sa place. L’esprit de Lubitsch y traîne : ainsi, c’est un mécanisme déclenché accidentellement qui fera coulisser un lit d’une chambre à l’autre et qui permettra à deux des personnages de se révéler leur amour. De façon générale, rien n’est grave, pas même les peines, finalement vite pansées : celles de la jeunesse finissent par trouver le réconfort dans l’amour sincère, celles des adultes sont adoucies par l’expérience. Témoin de ces jeux d’amour et de hasard, le couple de servants, vivant sa propre histoire, détaille les sourires de la nuit d’été qui s’adressent aux amoureux de tous genres.

film-sourires-d-un-nuit-d-ete18On pourra objecter que si tout semble bien finir, rien ne vient bousculer une conception conservatrice du couple et de la société : ni les classes ni les âges ne se mélangeront. Cette happy end est teintée d’une forme de déterminisme : il n’y aurait pas de bonheur autrement. Pourtant, on peut y voir une recherche approfondie de la légèreté car moins qu’une fatalité, il s’agira plutôt d’un confort pour chacun. Il ne s’agit pas de se résigner à un amour simple, mais d’y voir le plus simple chemin vers la sérénité. Quand on constate avec quel soin Bergman se tient à cette ligne directrice et avec quelle douceur il traite ses personnages, on a envie de (re)voir tous ses films en gardant en mémoire qu’il aura su faire de l’absence de sérieux un réjouissant principe.

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