Clin d’oeil de l’âge d’or

Olivia de Havilland_

A penser qu’Olivia de Havilland a cent ans aujourd’hui, on se sent pris d’un léger vertige : il y a donc un trait d’union, une personne qui nous rattache à un monde qui a disparu il y a si longtemps… Actrice souvent cantonnée aux seconds rôles, elle reste notamment dans les mémoires pour Autant en emporte le vent (1939), dans l’ombre du couple que forment Clark Gable et Vivien Leigh. Rien qu’à l’idée de se dire qu’elle a tourné ces séquences, qu’elle a vécu la valse des réalisateurs, qu’elle a connu ce triomphe en direct, et qu’elle est encore là pour nous le rappeler, est le signe que l’Histoire du cinéma est très courte, et que l’âge d’or hollywoodien n’est pas si loin de nous. Au-delà de cette seule référence écrasante, Olivia de Havilland incarne sous plusieurs aspects cette époque révolue.

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La trajectoire de sa carrière est assez marquée dans le temps. Sa filmographie, à peine cinquante titres, n’est pas pléthorique, mais plus de la moitié date d’avant 1944 (et les deux tiers avant 1950). C’est, pendant toute cette première partie de carrière, l’actrice d’un studio, la Warner, qui lui confie des rôles toujours identiques et stéréotypés de petite fille sage. Les producteurs sont alors tout puissants et incluent des clauses de suspension des contrats en cas de refus des rôles, ce qui la cantonne à incarner cet archétype. Elle tournera notamment sept films avec le tandem Michael Curtiz/Errol Flynn, pour des résultats pas très heureux (westerns de seconde zone, films d’aventure…  Dont le fameux Robin des bois désormais extrêmement daté) ; mais elle sera également, encore avec Errol Flynn, à l’affiche du chef-d’œuvre de Raoul Walsh, La Charge fantastique (1941), qui nous rappelle qu’avec un réalisateur de talent, les contrats d’alors permettaient parfois d’accéder à la postérité par la grande porte, bon gré mal gré.

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C’est après 1943 qu’Olivia de Havilland s’illustre par un coup d’éclat à Hollywood. Lassée de ses rôles à la Warner, régulièrement mise à pied pour des refus, elle s’émancipe chez d’autres producteurs : d’abord avec Autant en emporte le vent, pour lequel Jack Warner accepte de la prêter à David O. Selznick, puis avec Par la porte d’or, un film de Mitchell Leisen produit par la Paramount, qui lui offrira une nomination à l’Oscar (finalement remporté par… Sa sœur, Joan Fontaine). En 1943, alors que son contrat arrive à son terme, la Warner lui impose une prolongation équivalent à la durée des suspensions qu’elle s’était vue infliger… S’armant de courage et d’un bon avocat, passant outre les craintes liées à des cas similaires (Bette Davis a perdu quelques années plus tôt son procès face à la même Warner), et jouant de sa notoriété pour Autant en emporte le vent, l’actrice va finalement faire plier le studio. La décision de justice qui lui donne raison marque, symboliquement, la fin des producteurs tout puissants, la fin d’un âge d’or, et le début du règne des acteurs.

Comme un pied de nez à la Warner, elle tourne en 1946 Double énigme de Robert Siodmak, où elle joue le rôle de deux sœurs jumelles dont l’une est criminelle. Dans la mode des scénarios à portée psychanalytique qui s’empare d’Hollywood (La Maison du docteur Edwards, Le Secret derrière la porte ou Psychose en sont des exemples parmi les plus connus), elle se retrouve à incarner à la fois le bien et le mal, à contre-courant de l’idée qu’elle n’est capable d’incarner que des personnages fragiles. Le film est assez intriguant, plutôt réussi, même si l’actrice semble manquer un peu d’épaisseur pour être vraiment un terrifiant assassin – à moins que ce soit l’image qu’on a d’elle qui nous induit en erreur…

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Olivia de Havilland aura à la fois été une représentation de la place des acteurs dans la machine à rêves des années 30-40, mais elle aura aussi porté le premier coup à l’hégémonie des studios, et par conséquent à cette organisation parfaitement rôdée qui s’effritera avec les années et obligera Hollywood à se transformer. Son rôle le plus connu affiche en lui-même cette contradiction : bien qu’Autant en emporte le vent soit resté LA référence de cet âge d’or et que son personnage soit un archétype de ce qu’on lui confiait à l’époque, ce n’est pas chez son employeur qu’elle accèdera à la gloire. Que l’incarnation de ce personnage si fragile, dans un film si lointain et lui-même tourné vers le passé, soit aujourd’hui centenaire et toujours parmi nous après avoir vaincu seule la Warner, voilà qui donne bien le vertige.

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