2016, tout en ellipses

Les meilleurs films de 2016_

2016 n’aura pas été, loin s’en faut, une très grande année de cinéma. Beaucoup de réalisateurs étaient loin de leurs meilleurs films (Werner Herzog et Gus van Sant en tête), d’autres ont fait tourné leurs formules laissant de sacrées impressions de déjà-vu, et l’actualité a majoritairement été trustée par de faux événements, jouant à fond sur l’effet de mode mais voués à être rapidement effacés de nos mémoires (à ce jeu, Juste la fin du monde s’est avéré mauvais mais touchant, quand on ne sait pas si Ma Loute penche plus vers le ratage ou l’escroquerie). L’absence de révélation achève de donner à l’année une allure de tout petit cru. Dans cette conjoncture maussade, dix films pour un top semblent beaucoup. Mais cessons de voir le verre aux trois-quarts vide : quand on isole ce qui s’est fait de meilleur, il y a quand même quelques certitudes.

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Alors que 2015 était une année de conteurs, le rêve et le merveilleux pour moteurs de leurs histoires, les réalisateurs en 2016 ont refusé le spectaculaire, privilégiant l’ellipse pour que le spectateur y trouve sa magie. Avec Midnight special, Jeff Nichols, décidément toujours à la hauteur, s’est attaqué au fantastique en faisant le choix d’une radicale sobriété ; un pari gagnant, pour un résultat fascinant de beauté et d’intensité. Dans Aquarius, comme à l’époque dans Les Bruits de Recife, Kleber Mendonça Filho laisse planer un sous-texte riche et dense qui donne à son film la profondeur des incertitudes. Le plus rêveur aura aussi été le moins bavard : Hou Hsia Hsien livre avec The Assassin les plus belles séquences de l’année (même si, ce serait le seul bémol, son film franchit parfois la barrière de l’exercice de style). Rester vertical est imparfait, mais Guiraudie a le mérite de son intransigeance, et sa singularité est un vrai remède au formatage ambiant. Bellocchio nous fait virevolter avec Fais de beaux rêves, multipliant les signes, les ellipses, mélangeant souvenirs et impressions pour un film fort et poignant. Quant à Elle de Verhoeven, c’est à la fois l’œuvre la plus réaliste et la plus cosmique, tant sa façon de traiter le viol est surprenante, voire dérangeante – ce qui en a d’ailleurs choqué plus d’un.

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Pour finir, le film en tête de cette liste est passé à peu près inaperçu, sans doute trop tranquillement classique dans une période où les paillettes accaparent toute l’attention. Terence Davies, cinéaste rare et précieux, a signé avec Sunset song un film à la fois intense et tranquille, une chronique paysanne qui touche à des sentiments universels, et qui s’attache à nous rappeler d’où on vient. La sobriété du style, la beauté immédiate d’une campagne écossaise et la magnifique présence de sa lumineuse interprète principale Agyness Deyn : voilà un film étranger aux modes et aux bruits, dont presque personne n’a parlé mais qui, dans dix ans, vingt ans, aura la même force qu’aujourd’hui. On le savait : le lien entre notoriété et qualité n’existe pas, l’important est que de telles œuvres puissent continuer, année après année, à faire leur chemin.

A dans un an pour le prochain bilan, avec, espérons-le, une liste plus longue. Et bonne année 2017 !

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Top 2016

  1. Sunset song, de Terence Davies
  2. Fais de beaux rêves, de Marco Bellocchio
  3. Elle, de Paul Verhoeven
  4. The Assassin, de Hou Hsiao Hsien
  5. Midnight special, de Jeff Nichols
  6. Aquarius, de Kleber Mendonça Filho
  7. Rester vertical, d’Alain Guiraudie

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